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The harder you look, 2025-en cours

transfert sur plâtre, dimensions variables. 

Le titre de cette série « The harder you look » - en référence à Christopher Wool et sa série des « Black letter paintings » - pose directement la question de ce que l’on voit. Le biais par lequel l’artiste nous invite à regarder les images est tout entier contenu dans cette formule.

De la bibliothèque d’archives de l’artiste où elles attendent parfois depuis plusieurs années, étirant ainsi le temps de la gestation, les photographies sont d’abord sélectionnées et volontairement dé-catégorisées : un buste de la Grèce antique croise une photo d’imprimante ou une affiche à moitié effacée. Puis, elles sont recadrées et retravaillées. Souvent, elles se trouvent dédoublées, surimprimées, l’écran re-photographié, ajoutant un filtre supplémentaire à leur clarté. Tout est fait ici pour compliquer l’accès premier et confortable avec ce qui nous est donné à voir.

Enfin, le plâtre est versé sur les tirages à l’encre pigmentaire, imprégnant définitivement les photographies dans la matière. Des étapes successives de séchage, démoulage et ponçage éloignent encore un peu plus la photographie de son support traditionnel. L’épaisseur, la matière et la fragilité du support extraient la photographie de sa fonction d’image pour en faire un objet.

 

L’approche est guidée par l’intuition. En gommant le contexte, Laure Sée cherche à brouiller le sens originel des images et à engager le spectateur dans un questionnement sur leur hiérarchie dans le flux nous arrivant quotidiennement. Elle s’intéresse aux images présentant des imperfections et les objets photographiés sont souvent dépourvus d’ambition esthétique.

En différant le moment de la création de celui de la prise de vue (parfois de plusieurs années), elle introduit une fracture entre l’événement photographique et sa matérialisation. Chaque image, en attente, passe ainsi d’un état virtuel à un état d’archive potentielle, toujours susceptible d’être réactivée. La photo réinvestie devient alors moins un geste de restitution qu’un acte de re-création. Au fil du processus, les images perdent en définition, l’original disparaissant peu à peu sous le poids de ses variations.

Des motifs récurrents comme les tranchew de livre, le graffiti, des fragments de corps ou de textes suggèrent une narration à trous qui éloigne l’image de toute intention figurative pour en faire un outil libre d’interprétation et de transmission.

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