Laure Sée est une photographe plasticienne née à Paris où elle vit et travaille. Son approche expérimentale, entre la figuration et l’abstraction cherche à brouiller la lecture immédiate d’une photographie et questionne notre rapport à l’image. L’artiste pioche dans ses images d’archive pour les retravailler. En différant le moment de la prise de vue (parfois de plusieurs années) et le moment de la création, elle introduit une rupture entre l’événement photographique et sa matérialisation. Chaque image, en attente, passe ainsi d’un état virtuel à un état d’archive potentielle, toujours susceptible d’être réactivée. La photo réinvestie devient alors moins un geste de restitution qu’un acte de re-création, où l’« original » n’existe que comme variation parmi d’autres. Dans son processus, elle cherche à transformer la temporalité rapide liée à nos réflexes de consommation des images pour introduire au contraire un temps d’échange plus long. Cela passe en premier lieu par une contrainte d’accès. L’image n’est pas donnée chez Laure Sée, elle est marquée, accidentée, floutée. Elle est chargée non pas de son storytelling prometteur, séducteur et fantasmé mais des stigmates de son processus de fabrication. Le geste de l’artiste imprime, multiplie les supports et les textures comme pour liquéfier l’information première et interroger finalement le statut tout entier de l’image. Un dernier geste vient re photographier le résultat, parfois à l’envers, parfois déformé par le spectre d’une lentille, puis le transférer sur plâtre ou sur toile. Le transfert est important en ce qu’il offre un territoire et un contexte plastique à l’image et nous invite réfléchir à ses enjeux de diffusion. Il est une étape supplémentaire dans le temps, mais aussi dans la transmission. Il fait de l’image un objet, la circonscrit et force le regard à se poser la question de ce qu’il voit.
Dans sa démarche, Laure Sée interroge ainsi nos habitudes liées au flux des images. Comment les recevons-nous ? Comment les assimilons-nous ? Comment les diffusons-nous ? Elle remet en question une culture quotidienne de l’image et défait les liens visibles du sens pour sortir de la dangereuse standardisation de nos représentations. La neutralisation des sujets s’inscrit dans une approche réfléchie, guidée par l’intuition. Elle s’intéresse aux images présentant des imperfections, ainsi les objets photographiés sont souvent dépourvus d’ambition esthétique. En gommant le contexte, elle cherche à brouiller le sens originel des images et à engager le spectateur dans un dialogue entre expérience sensible et exploration conceptuelle.
Son travail a notamment été exposé au Foam Museum à Amsterdam (2024) et à la Floor Galerie de Séoul (2023). En 2024, elle est finaliste du Mentorat des Filles de la Photo. En parallèle de sa pratique artistique, elle développe un travail de commande photographique depuis une dizaine d’années avec des maisons de mode et du luxe (Hermès, Chanel, Saint Laurent…). Son travail a été diffusé dans de nombreuses publications, comme M le Monde (2024, 2025) et le New York Times (2025).