
Les couleurs fantômes, 2024-en cours
transfert sur plâtre, dimensions variables.
Quelles traces une rupture laisse-t-elle en nous ? Que retient ou efface la mémoire, et comment transforme-t-elle notre identité ? Après dix ans de travail en binôme, notre séparation a été longtemps douloureuse. Elle a nourri ce projet et m’a conduite à réfléchir sur la mémoire, la continuité du sujet et l’empreinte des relations sur notre être.
Une rupture marque profondément. Comme le souligne la philosophe Claire Marin, « la rupture est une déchirure », elle ne sépare jamais complètement les individus. Les identités s’étaient mêlées au point de se confondre, et en se séparant, chacune perd un peu de ses contours. Ces moments questionnent notre cohérence et notre continuité : sommes-nous des êtres stables ou simplement le produit des événements qui nous traversent ?
Dans cette série, j’ai re-photographié hors focus des centaines de nos images d’archives. Les contours disparaissent laissant seules subsister les couleurs. Je cherche à évoquer avec douceur le choc d’une rupture et l’identité qui se fissure, mais aussi le passage du temps qui transforme, adoucit, parfois dissout, tout en laissant une trace persistante de ce que nous avons vécu. Ce travail explore la manière dont le passé continue à nous habiter, et comment le souvenir, fragmenté et altéré, façonne notre présent. La technique mixte, proche de la sculpture, questionne les limites de la photographie et cherche à déployer l’image dans l’espace. La technique du transfert est utilisée comme un dépôt de traces. Le plâtre, qui durcit et répare, symbolise le temps et le soin accompagnant la reconstruction.
Re-photographier ces archives, travailler sur la mémoire et le souvenir, c’était aussi dépasser la douleur et interroger la façon dont nous intégrons les événements traumatiques à notre identité. Que faisons-nous des traces laissées par ces ruptures intimes, celles qui transforment et continuent de nous façonner ?











